Extrait du carnet retrouvé sur le corps du Lieutenant Victoria Wellington dans les ruines de Cyrène (Shahhat Lybie) le 5 janvier 1942.
La situation reste instable : il est impératif de surveiller l’évolution de Sunshine et d’anticiper tout signe de défaillance susceptible de mettre en péril la mission ou la sécurité de l’équipe.
Après discussion avec Piotr (Pope), celui-ci évoque des méthodes thérapeutiques controversées inspirées des travaux de Freud. J’exprime mon désaccord, jugeant ces pratiques inadaptées à la situation et inacceptables pour Sunshine.
Nous convenons alors d’une solution plus discrète : administrer quelques gouttes de laudanum dans le repas d’Emmy Cameron, afin d’apaiser son malaise.
À 19h, la cloche du dîner retentit. Nous avons sollicité Nadia Youcef afin qu’elle apporte un plateau à Emmy, prétextant un mal de mer. Piotr lui a discrètement remis le flacon, insistant sur la nécessité d’une totale discrétion. Nadia nous informe qu’elle ne pourra remettre le plateau qu’un peu plus tard : elle doit d’abord prévenir l’ensemble des passagers que le repas est servi.
L’attente commence. Chaque minute qui passe accroît la tension : la réussite de cette opération dépend de la vigilance de Nadia et du secret absolu entourant notre démarche, vis-à-vis d’Emmy (Sunshine).
Nous rejoignons le reste de l’équipe au restaurant, conscients que la situation pourrait évoluer à tout instant.

À la table du dîner, étaient présents le Calife Al Shérim, son épouse Laïfa et Martha Stewart.
Le Calife a vanté Le Caire, qualifiant la ville de « Cité victorieuse », « plus belle ville du monde » et « ville la plus propre du monde ». Lui et son épouse viennent de Liverpool, en voyage d’affaires. Il précise que ses racines ne sont pas égyptiennes : son père était du Yémen.
L’épouse du Calife demeure silencieuse, se contentant de quelques sourires discrets.
Lors de l’échange, Piotr suggère que Laïfa pourrait être mannequin, ce que le Calife rejette fermement, invoquant la dignité de sa position. Martha Stewart intervient, affirmant qu’une femme mariée n’a pas à travailler, son mari pourvoyant à ses besoins. Elle précise qu’elle-même n’a travaillé qu’après le décès de son époux, rappelant que la France n’a sollicité les femmes que par nécessité durant la guerre de 14-18.
L’atmosphère est tendue, les échanges révèlent des divergences de valeurs et des non-dits.
Au cours du repas, Martha Stewart se montre passionnée par l’égyptologie et les hiéroglyphes. Elle évoque sa relation avec le conservateur du musée du Caire, Victor Clouet.
Je l’interroge sur l’apprentissage des hiéroglyphes : elle admet ne pas avoir terminé, progressant chaque jour. Elle propose de nous présenter au conservateur, ce qui pourrait s’avérer déterminant pour notre mission.
Je note que cette rencontre, sous des apparences mondaines, pourrait receler des opportunités ou des menaces pour la suite de l’opération. La prudence reste de mise : certains convives semblent en savoir plus qu’ils ne le laissent paraître.
Nadia Youcef m’arrête d’une main légère, mais son regard trahit une inquiétude sourde.
« Emmy n’a pas touché à son repas. Pas une bouchée. »
Une ombre froide glisse le long de ma colonne vertébrale.
Le dîner s’achève sous les vibrations d’un oud (banjo). Le flan à l’eau de rose laisse un parfum sucré, qui flotte encore dans l’air lorsque le Calife et son épouse se lèvent. Je profite de leur départ pour leur demander de m’accompagner jusqu’au pont intermédiaire.
Je porte moi-même le plateau destiné à Emmy. Le laudanum y repose, invisible, silencieux, comme une promesse de paix… ou de contrôle.
Si seulement quelqu’un pouvait la surveiller. Si seulement je pouvais me surveiller moi-même.
Devant sa porte, je toque. Silence. Son souffle, une respiration presque inquiétante. Une inquiétude brutale me saisit. Je remonte chercher Hélène.
En redescendant, nous croisons Dave Dickinson. Il marche vite, les yeux fuyants, comme s’il voulait échapper à quelque chose que nous ne voyons pas.
Hélène crochette la serrure en quelques secondes.
« Merci… Je dormirai avec elle cette nuit. Garde la clé de notre cabine. »
J’entre. Je verrouille. La clé reste dans la serrure, comme un talisman dérisoire. Emmy respire mal. Une respiration hachée, étranglée, presque animale. Je tamise la lampe à pétrole. La flamme danse, projette des ombres qui s’étirent sur les murs comme des doigts avides.
Tout semble… normal. Ou du moins, rien ne bouge. Alors j’éteins. Et je sombre.
Un hurlement me déchire du sommeil. Un cri d’effroi, aigu, presque inhumain. Je me redresse, désorientée. Les murs semblent se rapprocher, la cabine respire autour de moi. Puis je me souviens : Emmy. Je me précipite vers son lit. Elle n’a plus son bas de pyjama. Les couvertures sont rejetées comme si une tempête avait éclaté dans la pièce. Ses mains sont plantées dans ses cuisses, ses ongles y ont tracé des sillons rouges, trop rouges. « Emmy…? » Je tente de la couvrir, de lui prendre les mains. C’est alors que je le vois. Un livre. Épais. Ancien.
Coincé sous ses jambes, comme s’il avait poussé là, comme une excroissance. Je tire. Le livre ne bouge pas. Je tente de la basculer.
Impossible. Comme si quelque chose la clouait au matelas. Soudain, elle agrippe mon bras. Ses ongles s’enfoncent dans ma peau. Je sens la chair céder. Je suis prête à la gifler pour la ramener à elle, quand ses yeux s’ouvrent d’un coup.
« Qu’est‑ce que tu fais dans ma cabine ?! »
Sa voix claque comme un fouet.
« Je… je m’inquiétais pour toi. Tu n’as pas mangé. »
Elle se redresse, furieuse, les yeux brillants d’une lueur que je ne reconnais pas.
« Je vais rejoindre les autres. Je vais très bien. »
« La porte est fermée, Emmy. Calme-toi. »
Elle finit par saisir la soupe et mange, chaque cuillerée avalée avec une lenteur presque théâtrale.
« Ton comportement est intolérable. Je le dirai à Pope. »

Je reste figée. Les marques sur ses cuisses ont disparu. Le livre aussi.
Mon bras n’a aucune trace. Je ne comprends plus rien. Une méfiance glacée s’insinue en moi. Et si Sunshine voulait me faire du mal ?
Si je m’endormais… elle pourrait me tuer. Je le sens. Je le sais.
Plus tard dans la nuit, des bruits du couloir me parviennent, étouffés, déformés. Les voix de l’équipe semblent chuchoter des mots que je ne comprends pas. Pope dit quelque chose à propos des Wellington… ou est-ce autre chose ? Je ne peux pas partir. Je dois rester. Même si elle me hait. Même si elle me tue. Elle finit par s’endormir. Ou fait semblant. Je sens son regard sous ses paupières closes. La nuit est un gouffre. Mes pensées tourbillonnent, se déchirent, se recomposent.
Ron… Peut-on lui faire confiance ? La pyramide… l’a-t-il vraiment prise ?
« Non… non… arrête… ma tête… »
La corne de brume hurle à 7h. Un son grave, presque organique.
Emmy se réveille fraîche, lumineuse, comme si la nuit n’avait jamais existé.
« Je ne comprends pas ton attitude, dit-elle. Je n’ai rien fait. »
Je suis épuisée.
Je ne sais plus ce qui est réel.
« J’en parlerai à Pope. »
« Oui… si tu veux. »
Elle demande la clé pour aller se doucher.
« Elle est sur la porte. »
Dès qu’elle sort, je fouille la cabine. Sa valise est verrouillée. Renferme-t-elle le livre ? Je ne trouve pas la clé. Elle l’a prise. Évidemment. Je veux sortir. La porte est verrouillée. Elle m’a enfermée. Elle veut me piéger. Elle veut me faire taire. Je tire encore. La porte s’ouvre. J’avais dû pousser au lieu de tirer. Je deviens folle.
Je me douche. Je m’habille. On frappe. Un coup sec. Trop sec.
Je sens mon cœur se contracter. Je sais déjà que c’est lui. Je le sens comme on sent un courant d’air froid avant que la porte ne s’ouvre.
« Un instant… »
J’ouvre. Pope est là. Immobilisé dans l’encadrement, comme une statue de marbre noir. Son sourire… ce sourire… Un rictus suffisant, étiré juste assez pour me rappeler que, dans sa tête, il a déjà gagné.
« Allonge-toi, dit-il. Il faut qu’on parle. »
Sa voix est douce. Trop douce. Comme un scalpel bien affûté.
Je reste debout. Je plante mes pieds dans le sol.
« Pas besoin de m’allonger. »
Son sourire s’élargit. Il sait. Il voit. Il savoure.
« Tu as mauvaise mine, continue-t-il. Nuit difficile ? »
Je serre les dents. Il veut ma place. Il l’a toujours voulu. Depuis Londres. Depuis cette mission où il m’a regardée comme si j’étais un poids mort qu’il devait traîner.
« Arrête ce sourire, Pope. »
Il incline la tête, faussement surpris.
« Quel sourire ? »
Il joue. Il joue avec moi. Comme un chat avec une proie déjà blessée.
Je sens la cabine se resserrer autour de nous. Les murs respirent.
Ou est-ce moi qui manque d’air ?
« Tu ne prendras pas ma place au MI13, Pope. Même si tu le voulais, tu ne le pourrais pas. »
Il ne répond pas. Il se contente de me regarder. De me jauger.
De me disséquer du regard. Puis il murmure, presque trop bas pour être entendu :
« Tu es sûre de ça ? »
Un frisson me traverse. Il sait que je doute. Il sait que je suis épuisée. Il sait que la nuit m’a brisée.
« Tes méthodes freudiennes, c’est ça ? Tu veux me faire craquer ? »
Il hausse les épaules, comme si tout cela l’amusait. Comme si ma peur était un spectacle privé.
« Je veux juste comprendre ce qui se passe dans ta tête. »
Non. Il veut l’ouvrir. La fouiller. Y dénicher mes failles. Les exhiber.
Les utiliser.
« Laisse-moi tranquille, Pope. »
Il avance d’un pas. Un seul. Mais suffisant pour que je recule instinctivement.
« Tu trembles, dit-il. Ce n’est pas toi, ça. »
Je sens mes ongles s’enfoncer dans mes paumes. Je ne veux pas qu’il voie ça. Je ne veux pas qu’il voie que je perds pied.
« Et après la nuit que j’ai passée, tu aurais pu m’apporter un café. »
Il rit. Un rire bref. Sec. Un rire qui dit : Tu n’es plus en état de commander quoi que ce soit.
« Un café ? Tu crois vraiment que c’est ce dont tu as besoin ? »
Je le fixe. Je sens la colère monter. La peur aussi. Les deux se mélangent, se tordent, deviennent quelque chose de plus sombre.
« Tu me prends pour une incapable, c’est ça ? »
Il ne répond pas. Il sourit. Encore. Toujours. Ce sourire qui dit : Oui. Et bientôt, tout le monde le saura.
« Bon, ça suffit maintenant. »
Ma voix tremble, mais je m’efforce de la rendre tranchante.
« J’ai besoin d’un café. Et ensuite je reviendrai me reposer. »
Pope ne bouge pas. Il reste planté là, son sourire narquois accroché à son visage comme une cicatrice. Il attend que je craque. Il veut que je craque. Alors, dans un dernier sursaut de lucidité — ou de folie — je lui crache :
« Allez. Sors. »
Il me fixe encore une seconde, une seconde de trop, une seconde où j’ai l’impression qu’il lit en moi comme dans un livre ouvert. Puis il tourne les talons. Sans un mot. Sans effacer ce sourire. Je referme la porte derrière lui, le cœur battant comme un tambour de guerre.
Le restaurant est déjà animé.
Les voix se mêlent, les couverts tintent, les odeurs de café, de pain chaud et de crêpes flottent dans l’air.
Mais tout cela me semble lointain, irréel, comme si j’avançais dans un rêve trouble. Je vois l’équipe. Et Emmy. Assise avec Clarisse. Elles parlent. Elles rient. Elles se penchent l’une vers l’autre. Ça y est. Elle raconte tout. Elle me peint en folle, en paranoïaque, en danger pour la mission. Et Clarisse… Clarisse l’écoute. Je le vois dans ses yeux. Cette lueur de doute. Cette lueur qui dit : Et si elle avait raison ? Je m’assois. Je ne salue personne. Je ne veux pas leur donner la satisfaction de voir que je tremble. Je bois mon café d’un trait. Brûlant. Agressif. Parfait. J’avale une crêpe sans même sentir son goût. Puis je me lève. Je dois partir. Je dois m’éloigner avant que leurs regards ne me transpercent.
En quittant la salle, je passe devant un hublot.
Mon reflet apparaît. Je m’arrête net. Mes yeux sont cernés. Mon visage tiré. Mes traits déformés par la fatigue. Puis… Quelque chose change. Mon reflet se met à sourire. Un sourire que je ne fais pas. Un sourire trop large. Trop sombre. Les ombres autour de mon visage s’allongent. Mes yeux deviennent deux cavités noires. Mes dents… Non. Non non non. Une silhouette infernale se dessine dans la vitre.
« Non… non… ce n’est pas possible… »

Le diable. Mon reflet est le diable.
Je recule d’un bond, manque de tomber, puis je cours. Je cours comme si quelque chose me poursuivait. Comme si mon propre reflet voulait sortir du hublot pour me saisir.
Je me réfugie dans ma cabine, haletante. Je claque la porte.
Je m’effondre contre le mur. Je saisis mon missel. Mes doigts tremblent.
Je le serre contre moi comme un bouclier. La cabine semble respirer.
Les ombres bougent. Ou peut-être est-ce moi qui vacille. Puis Clarisse. Sa voix douce. Sa présence rassurante.
« Tu veux parler ? »
Je ne peux pas. Pas maintenant. Je ne veux pas qu’elle voie mes yeux.
Je ne veux pas qu’elle voie ce que j’ai vu dans le hublot.
« Plus tard… s’il te plaît. Là, j’ai juste besoin de repos. »
Elle hésite. Je le sens. Puis elle répond :
« D’accord. Repose-toi. Je suis là si tu as besoin. »
Ses pas s’éloignent. Je souffle enfin.
Je m’allonge. Je prie. Je ferme les yeux. Et je dors. Je dors comme si je n’avais pas dormi depuis des semaines. Un sommeil lourd, profond, sans rêves. Un sommeil qui me ramène lentement à la surface. Quand j’ouvre les yeux, la lumière a changé. Le bateau est calme. Et ma tête aussi. Je me sens… mieux. Pas parfaitement. Mais mieux. Les ombres ne bougent plus. Le hublot ne murmure plus. Mon reflet est redevenu le mien. Je me redresse. Je respire. La honte me serre la gorge. L’équipe… Emmy… Clarisse… Pope… Ce n’est pas comme ça que je voulais que les choses se passent. Ce n’est pas comme ça qu’on construit une cohésion. Ce n’est pas comme ça qu’on dirige une équipe. Je me sens mal à l’aise. Fragile. Mais lucide. Et c’est déjà un début.
Dans la soirée, le capitaine nous informe que le lendemain nous ferons escale à Brest à 10h et repartirons à 15h00.
Vers deux heures du matin, quelque chose me tire du sommeil. Pas un bruit normal. Pas un craquement du bateau. Une voix. Grave. Rugueuse. Presque inhumaine. Je me redresse d’un coup, le cœur battant.
Speedy — Clarisse, Hélène, je ne sais même plus comment l’appeler dans cette obscurité — se redresse aussi, les yeux grands ouverts.
La voix vient de la cabine d’Emmy (Sunshine).
Clarisse se lève sans un mot et colle son oreille contre la cloison. Je la vois retenir son souffle, comme si le moindre mouvement pouvait attirer l’attention de… quelque chose. Moi, je n’arrive pas à rester immobile. Je sens la panique monter, une panique froide, acérée.
Alors je sors dans le couloir, pieds nus, et je vais frapper à la cabine de Ron et Piotr. Je frappe une fois. Deux fois. « Piotr, Ron, Réveillez-vous… il y a un problème… un vrai problème… »
La voix continue derrière moi, étouffée par la cloison, mais suffisamment forte pour que je distingue les mots.
Chaque phrase est un coup de poignard. Chaque mot semble chargé d’une intention sombre, ancienne, presque rituelle.
Piotr ouvre enfin la porte, les cheveux en bataille, l’air irrité.
Ron apparaît derrière lui, les yeux plissés, comme s’il sortait d’un rêve trop profond.
« Écoutez ! » dis-je en pointant la cabine d’Emmy.
« Il faut qu’on l’attache… dans les bois de Bellington…
… jure-moi obéissance… chevauche avec moi… »
Je retourne dans ma cabine. Clarisse m’attend, pâle, les bras croisés.
« Tu l’as entendue aussi, n’est-ce pas ? » murmuré-je.
Elle hoche la tête. Une seule fois. Brusquement. Nous nous recouchons.
Mais le sommeil ne vient pas. Ou alors il vient trop vite. Trop lourd. Trop noir.
À cinq heures, je me réveille en sursaut.
Le cœur affolé. La gorge sèche. Le rêve est encore là, collé à mes paupières. Emmy. Assise sur son lit. Un livre épais posé sur ses jambes. Un livre que je reconnais sans l’avoir jamais vu. Elle le lit. Ses lèvres bougent. Ses yeux sont vides. Ses mains… Ses mains sont déformées.
Ses ongles sont longs, trop longs, comme des griffes. Et ils sont couverts de sang.
Il coule entre ses doigts.
Je me réveille avec un cri étouffé. La cabine est sombre. Le bateau tangue doucement. Mais je sens encore la présence du rêve, comme une ombre assise au pied de mon lit. Je ne sais plus ce qui est réel. Je ne sais plus ce qui vient d’elle… ou de moi.
Je n’en peux plus.
Quelque chose en moi se fissure, se déchire, se brise. Je sens la panique monter comme une marée noire. Alors je me lève. Je toque. La porte s’ouvre aussitôt. Elle apparaît. Un grand sourire. Un sourire trop large. Trop blanc. Trop… carnassier. Ses dents brillent dans la pénombre. Ses yeux sont deux puits sans fond. Un bruit retentit — un claquement sec, métallique, comme un coup de tonnerre enfermé dans un couloir trop étroit. Je sursaute. Quand je reporte mon regard sur elle, quelque chose a changé. Son sourire s’efface. Ses yeux se vident. Son pyjama… Son pyjama se teinte lentement de rouge. Une tache qui s’étend, s’élargit, comme une fleur sombre qui éclot. Je baisse les yeux. Dans mes mains, il y a… Non. Non, ce n’est pas possible. Je tiens mon arme. Je cligne des yeux. Le monde vacille. La lumière se déforme. Le sol tangue. Elle chancelle. Elle s’effondre. Je reste figée, incapable de respirer, incapable de comprendre si ce que je vois est réel… ou si je viens de basculer dans un cauchemar dont je ne sais plus sortir. Emmy !