Sic itur ad astra, 15 octobre 1927

Rapport de l’agent Clarisse Musard

Matin du 15 octobre – Le Caire.

 

C’est très tôt que nous avons rendez-vous à la Porte Sud du Caire pour rejoindre la caravane qui doit nous conduire à Al Qababt. Sans un mot j’observe la fin des préparatifs. Les petits détails font généralement les grandes différences. Tout me paraît bien. Le matériel demandé est présent, les chameaux sont lourdement harnachés. Les hommes sont consciencieux et expérimentés. Ils m’inspirent confiance. Profitant de la fraîcheur relative de la matinée, notre troupe se met lentement en marche. Nous traversons les faubourgs du Caire, où les odeurs d’épices, de fumée, et le tumulte des enfants  nous accompagnent un temps. Puis les maisons s’espacent, et les cultures s’offrent à nous. Quel paysage !
Le Nil est sur notre gauche, parfois visible, souvent caché par des bosquets de palmiers-dattiers et d’herbes hautes. Les champs irrigués, d’un vert éblouissant, contraste avec l’ocre du désert qui nous appelle à l’Est.

Nos guides profitent de ce lieu idyllique pour faire une première pause. Les bêtes peuvent boire et nous partageons le thé. L’atmosphère avec les caravaniers se détend aussitôt. Quelques mots sont échangés et ma première impression se confirme, ils sont fiables. Nous repartons. Le soleil nous écrase de sa chaleur.

Le vert laisse place au brun, le sol devient caillouteux et sablonneux. La végétation devient rare et les zones d’ombres sont trop peu nombreuses. L’air brûle les poumons et la sueur sèche instantanément. La marche devient difficile.
Le silence s’installe, bercé par le pas sourd des chameaux, et la violente chute de Pope sur le sable brûlant. Sa constitution n’a pas résisté à la température élevée. Il ne peut plus avancer. Nous décidons de le hisser sur une monture afin de poursuivre notre expédition. Nous ne pouvons nous permettre de perdre du temps.

Les ruines d’une maison se présentent à nous. C’est là que nous ferons notre bivouac. L’intense chaleur qui nous enveloppe ne nous permet plus de continuer et chacun s’attelle à sa tâche afin de rapidement pouvoir se reposer. Les bêtes sont parquées, un feu est préparé, les tentes sont montées, de l’eau et des dates distribuées. Au loin le soleil s’écrase sur l’horizon, énorme et rouge sang. L’air se rafraîchit rapidement et le crépitement du feu allumé nous rassemble. Certains vont se coucher rapidement, un caravanier est désigné pour faire une garde. Après en avoir discuter rapidement avec Victor, nous décidons également de prendre chacun un tour. Je ferais le premier.

La soirée sera très calme. Après avoir joué avec les guides tout en essayant de me familiariser avec leur langue, je me suis installé à côté des tentes pour surveiller le campement. Le silence est glacial comme la nuit. Pourtant, regarder les flammes orangées s’élever vers ce ciel étoilé magnifique, me procure un réel apaisement. L’espace d’un instant, l’espace d’un instant seulement, je ne pense plus à la mission. Mon esprit s’égare vers Le Caire où j’ai laissé derrière moi la réception de l’ambassadeur de France, le théâtre, et Victor Clouet… Aurais-je l’occasion de le revoir ? Un son aigu me fera sortir de mes pensées. Sans doute un fennec.
Après avoir regardé une dernière fois la Voie Lactée, je passe le relais à Victor pour la garde et me glisse sous la tente pour jouir d’un peu de sommeil.

 

 

 

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