Rapport de l’Agent Ron Coolidge, alias Victor, le 8 octobre 1927
Réveil douloureux sur une plage. Le canot de sauvetage est échoué, le reste de l’équipe éparpillé, mais tout le monde est là. J’ai juste le temps de reprendre un peu mes esprits : la blessure de la veille me lance encore, malgré les soins de l’agent Pope. Des représentants des forces locales nous enjoignent de nous lever et de décliner nos identités, je crois. Difficile de remettre de l’ordre dans les événements qui nous ont jetés sur cette plage. Quel pays ? Tunisie, Libye ? Une sombre histoire de prise d’otages par des trafiquants, le sabordage de l’Amon Ré… Combien ont pu en réchapper ? Nous avons perdu tous nos effets, certains papiers… mais heureusement pas l’essentiel, toujours en sécurité dans son caisson. Les agents de police, libyens à la vue de leur uniforme, se montrent bienveillants. Comprenant rapidement que nous sommes citoyens britanniques, et sans doute empressés de se décharger d’une affaire qui les dépasse, ils nous trouvent un moyen de locomotion vers Tripoli pour y rejoindre notre ambassade. Arrivée en début d’après-midi à Tripoli. L’ambassade est plutôt modeste. Le représentant de la Couronne nous accueille chaleureusement et fait le nécessaire pour nous aider. L’intérieur de la demeure reflète le caractère pittoresque de notre hôte. Certainement un Écossais : Sir Gontran Warrvick IV. Nous nous présentons à lui sous nos fausses identités. Il nous propose de reprendre des forces, nous procure des vêtements neufs et prépare notre extradition vers l’ex-protectorat britannique, l’Égypte. À cette occasion, il nous apprend qu’un survivant de l’Amon Ré s’est présenté tantôt. Parmi l’ensemble des œuvres d’art et du décorum accumulés depuis des décennies, l’agent Pope s’interroge sur une statuette représentant un sphinx en « marbre noir » et décide de l’examiner au calme, discrètement. Il découvre au dos un cache malheureusement piégé. En cherchant à se saisir d’une fléchette déposée au fond, il se pique. Très vite, il se sent mal. L’agent Sunshine se propose de le soigner sans tarder, craignant un empoisonnement. Les premiers symptômes semblent lui donner raison. Le temps joue contre nous, nos moyens sont des plus limités, et il nous est impossible d’en parler à notre hôte sans révéler les circonstances de l’incident. Cela pourrait éveiller des soupçons. Sous la direction de l’agent H, usant de son flegme, les tâches de chacun sont réparties. Il faut agir vite, de manière ordonnée, en bon militaire du royaume. C’est alors que le mystérieux passager, survivant du naufrage de l’Amon Rê, sans doute d’origine française, nous interpelle et propose son aide. Il se prétend médecin… personnage des plus douteux, certainement mégalomane et psychopathe. Son attitude, son regard, sa manière de distiller des sous-entendus scabreux mettent tout le monde mal à l’aise. Son aide est rejetée. Serait-il un agent au service de puissances extérieures… occultes ? Heureusement pour nous, l’agent Pope n’est victime « que » d’un narcotique puissant mais non létal. Il reste néanmoins alité. Le reste de l’équipe descend pour le repas du soir. L’ambassadeur se montre d’une courtoisie irréprochable et engage la conversation loin de nos préoccupations, sans poser la moindre question gênante. La soirée se déroule paisiblement. Avant de redescendre, j’achevai mon investigation sur la statuette. À l’aide d’une longue pince prélevée dans la trousse médicale de l’agent Sunshine, j’extrayait l’objet dissimulé dans le socle : une fléchette d’une facture très ancienne, gravée de hiéroglyphes. Je gravai mentalement l’inscription figurant au dos du socle : « Remerciement pour la bataille d’Assouan contre la secte du Soleil Noir – Miller ». Puis je remis la statuette à sa place, avec toute la discrétion possible, avant de rejoindre l’équipe dans le salon. L’ambassadeur en poste à Tripoli a parfaitement rempli sa mission nous concernant.
.
Nous devrions enfin arriver au Caire leNous voyageons en direction du Caire en camion, sous protection militaire, l’ambassade du Caire ayant été prévenue de notre arrivée. L’ambassadeur nous y attend et le rendez-vous est confirmé. Sir Gontran Warrick est des plus excentriques, mais diablement efficace 10 octobre si les pilllards touaregs nous laissent tranquille. La pyramide est avec nous, l’équipe au complet. Il ne nous reste plus qu’à demander un complément d’enquête sur ce mystérieux Français.