Date : 11 octobre 1927
Classification : Confidentiel
Conformément aux instructions reçues, notre équipe s’est positionnée en surveillance discrète aux abords de l’Ambassade de France. L’agent Clarisse s’y trouvait en entretien avec le directeur du Musée du Caire, Monsieur Pelletier.
Aux environs de 01h30, Monsieur Pelletier a quitté l’ambassade précipitamment en compagnie d’une passagère de sexe féminin. En raison des conditions de visibilité et de la rapidité de leur départ, il n’a pas été possible de confirmer formellement l’identité de cette personne, bien qu’il soit plausible qu’il s’agisse de l’agent Clarisse. J’ai immédiatement ordonné au jeune soldat en faction de tenter une poursuite, mais celle-ci s’est soldée par un échec : le véhicule a été perdu de vue dans la circulation nocturne.
Face à cette situation, nous avons regagné les abords de l’Ambassade afin de récupérer les agents Ron et Emmy. Le groupe a ensuite rejoint l’hôtel Shepard. L’agent Piotr a toutefois été laissé sur place avec pour mission de mener une enquête discrète et prolongée au sein ou aux alentours de l’ambassade.
À notre arrivée à l’hôtel, l’agent Clarisse se trouvait au bar. Son comportement ne laissait transparaître aucune difficulté particulière, et la situation semblait, en apparence, parfaitement maîtrisée.
Le lendemain matin, après m’être assurée du retour sécurisé de l’agent Piotr, j’ai consulté le bottin mis à disposition par la réception de l’hôtel afin de localiser une éventuelle adresse personnelle de Monsieur Pelletier. Cette recherche n’a donné aucun résultat concluant, à l’exception du numéro de téléphone officiel du Musée du Caire.
Nous avons ensuite pris notre petit-déjeuner dans le restaurant français de l’hôtel. À cette occasion, des ressortissants français attablés à proximité nous ont informés qu’un incendie avait ravagé l’université durant la nuit. Une épaisse fumée était encore visible au moment des faits, laissant supposer des dégâts importants.
En taxi spécifique du Caire, nous nous sommes rendus vers la vieille ville (secteur médiéval). Conformément à la répartition décidée, les agents Clarisse et Emmy ont pris la direction de l’Université afin d’y recueillir des informations sur l’incendie signalé durant la nuit. L’agent Ron et moi-même nous sommes rendus au domicile de Benchara, ancien bras droit de l’archéologue Beckam récemment décédé. L’agent Piotr a, quant à lui, poursuivi ses investigations de manière indépendante, principalement au sein de diverses librairies de la ville.
Le domicile de Benchara s’est avéré être une habitation de très petite taille. Après avoir frappé à une porte fortement dégradée, nous avons é
té accueillis par un homme à l’air méfiant, vêtu à l’occidentale. Après nous être présentés comme des émissaires de Lord Beckam, frère du défunt, il a accepté de nous faire entrer.
Benchara nous a alors indiqué que Beckam s’était établi à Al Quabat, un village isolé et particulièrement insalubre situé au sud-est du Tombeau, aux alentours des 22 et 23 août.
Selon ses déclarations, le 24 août, Il se serait rendu chercher de la nourriture, notamment des brochettes de poulet. C’est à cette occasion qu’il aurait croisé un certain Raffertit.
Benchara nous a précisé qu’il se trouvait alors en mauvaise santé et était resté au Caire. Il a affirmé que Raffertit et ses hommes auraient déjà dépouillé plusieurs archéologues et qu’ils étaient à la recherche de Beckam. Ils seraient partis en direction du sud-est. En raison de son état de santé, Benchara n’aurait pas été en mesure de les suivre, exprimant à ce sujet une vive inquiétude quant au sort de Beckam.
Par la suite, Benchara nous a relaté une rencontre troublante avec un individu nommé Ahmed, membre de l’équipe de Raffertit. Il a décrit cet homme comme hagard, présentant un comportement extrêmement instable et des propos incohérents. Ahmed évoquait de manière répétée un pharaon et Néphilim. Il portait plusieurs tatouages recouvrant son corps, constitués d’inscriptions indéterminées, et faisait référence au retour imminent d’une entité qu’il nommait « Clouclou ».
Benchara a également indiqué qu’Ahmed transportait une pyramide d’environ quarante centimètres de hauteur. L’individu aurait déposé cet objet ainsi que ses effets personnels dans la rue avant d’entrer dans un café. Peu après, il serait décédé sur place. Benchara a déclaré avoir récupéré l’ensemble de ses affaires et les avoir expédiées en Angleterre à Lord Beckam, estimant qu’il s’agissait des recherches de son frère.
Il a enfin précisé que Lord Beckam ne serait jamais revenu de l’expédition entreprise avec une équipe composée de cinq personnes.
Benchara a ajouté qu’environ cinq jours auparavant, il était lui-même en recherche de personnel à recruter. À cette occasion, il aurait croisé Raffertit, qui procédait également à des recrutements. Il a précisé avoir de nouveau rencontré ce dernier le 08 octobre au musée du Caire, en compagnie d’un individu identifié sous le nom de GloucesterHill.
Selon ses observations, trois hommes ont quitté le musée ensemble avant de se diriger vers les vieilles rues du Caire, dans des quartiers réputés malfamés, comportant de nombreuses entrées de bâtiments inconnues de Benchara. Il a indiqué avoir remarqué la présence de plusieurs individus vêtus de jellâbas de couleur bleu et cyan.
Puis, le 09 octobre, il aurait vu les trois hommes précédemment identifiés quitter la zone du musée accompagnés d’une équipe d’environ six personnes portant les mêmes jellâbas bleu et cyan, ainsi que de trois à quatre porteurs. Le groupe aurait pris la direction du sud-est.
Annotations :
Les jellâbas bleu et cyan constituent un marqueur récurrent. Organisation structurée probable.
À l’issue de cet entretien, j’ai proposé à Benchara de constituer une expédition dans les plus brefs délais afin de nous rendre sur place et de vérifier ces informations. Un départ est envisagé pour le 15 octobre au matin. Benchara a indiqué pouvoir réunir deux à trois personnes de confiance, ainsi que deux à trois porteurs supplémentaires.
Je l’ai informé que nous disposions déjà d’une partie du matériel nécessaire, mais que nous aurions besoin d’une caisse en bois d’environ un mètre cube pour le transport de certains équipements. En raison des conditions du terrain, l’utilisation de véhicules s’est avérée impossible, la zone étant fortement ensablée. Benchara nous a précisé que le déplacement nécessiterait l’usage de dromadaires.
Le coût estimé de l’équipage s’élèverait à douze livres égyptiennes, auquel s’ajouterait une caution de quarante livres égyptiennes pour les dromadaires, somme à régler le jour même du départ.
À la suite de cet entretien, nous nous sommes rendus au domicile de la mère de l’agent Bruce. Celle-ci ne s’y trouvait pas lors de notre passage. Aucune information complémentaire exploitable n’a pu être recueillie à cette occasion.
Annotation
Zone fortement ensablée – isolement total – extraction difficile.
Compte ten
u de la perte de l’ensemble de nos effets personnels lors du naufrage de l’Amon Rê, nous avons procédé à des achats destinés à reconstituer notre couverture. Ces acquisitions comprenaient notamment des vêtements adaptés à notre présentation extérieure ainsi que des tenues appropriées à la future expédition envisagée.
L’ensemble du groupe s’est ensuite retrouvé à l’hôtel Shepard. À notre arrivée, les agents Clarisse et Piotr étaient engagés dans un échange concernant leurs blessures respectives, survenues au cours de leurs missions parallèles.
Après le repas du soir, nous nous sommes réunis dans ma chambre afin que chaque agent présente un compte rendu détaillé de ses actions, observations et informations recueillies au cours de la journée. Ces éléments ont été consignés et intégrés au présent dossier sous forme de rapports annexes.