Je retranscris rapidement notre expédition de la nuit car mon corps et mon esprit ont besoin de
repos.
Nous étions rassemblés à l’auberge de Barrowmoor pour discuter des différents évènement
et éléments, et profiter d’un bon repas. Il est décidé que nous profiterons de la tranquillité de la nuit pour aller visiter le manoir qui semble
être situé au centre des différentes attaques de la Bête. Pendant ce moment de calme et d’interrogation, nous rencontrons le cousin de notre hôte.
Un homme bourru et du terroir, il a été jardinier au manoir mais n’y travaille plus depuis plusieurs mois car il n’a pas été payé et son propriétaire est absent.
Nous apprenons le nom de ce dernier : Sir Clifford. Il n’y aurait que deux serviteurs sur place.
D’un regard, je vois que Victor est out comme moi, partant pour cette expédition.
Ne voulant pas laisser Sunshine seul dans le bourg, je lui propose de nous accompagner afin demonter la garde pendant notre visite nocturne.
De fait, je lui demande d’aller acheter des sifflets, afin de rester en contact et de pouvoir nous
prévenir, dans le cas où nous serions séparés.
La visite chez le quincaillier fut instructive.
Sunshine pourra être plus précise dans son compte-rendu, mais pour faire simple Sir Clifford était un gros client de ce dernier,
pour des produits peu communs. Phosphore, formol, cercueils en provenance de France, restes d’animaux exotiques, etc.
Ne sachant pas trop sur quoi nous allions tomber, nouspartîmes en direction du manoir, en prenant le chemin qui traversait les champs, plutôt que celui qui
longeait le cour d’eau.

Après avoir traversé avec prudence une zone boisée, un épais brouillard bas s’est levé.
Notre avancée ne fut guère rapide mais nous arrivâmes devant le haut mur de la propriété.
Nous avons remonté le chemin qui longeait le mur avant d’être gêné par un amas de métal tordu.
Il s’agissait du portail de la propriété. Malgré son épaisseur, sa taille et son poids, il avait été projeté
de plusieurs mètres sur le chemin. Défoncé de l’intérieur donc. Cela datait de plusieurs jours et, fait étrange, deux types deux rouilles bien distinct, une ancienne etune récente étaient visibles sur le métal.
Au seuil du domaine, nous distinguions au loin le manoir. Une fenêtre était éclairée.
Ce qui ressemblait à un parc semblait faire la jonction entre l’entrée et le bâtiment. Il y avait également une bâtisse sur la gauche de l’entrée, et une masse sombre dans le parc, entre nous et le manoir.
La présence de cet épais brouillard perturbait nos sens. Avec Victor, nous décidâmes d’inspecter ce qui ressemblait à la
maison d’un gardien sur notre gauche, tandis que Janet s’avançait dans le parc, à couvert des quelques arbres pour monter la garde.
La maison semblait vide, les volets étaient clos, la porte également. Victor m’indiqua son intention de faire le tour de la bâtisse afin de
pouvoir entrer en toute sécurité.
Il n’était toujours pas revenu quand j’entendis un bruit venir du chemin, à l’extérieur de la propriété.
Le crissement des roues d’une charrette ainsi que le son des sabots d’un animal.
Seule à ce moment là, je fis mon possible pour me dissimuler dans l’obscurité. La charrette stoppa son avancé au niveau de la maison. Elle était tirée par un âne malade et dégarnie. Une vielle dame descendit de la voiture et se dirigea vers moi. Elle était vielle, le visage abîmé, parsemé de pustules.
Tout en avançant, elle marmonnait. Les mots « chiffre » et « contrat », revenaient sans cesse dans ses propos, que je ne comprenais pas. Elle se dirigea droit vers la porte, ne semblant pas me voir, puis ouvrit la maison et, soudainement, me fixa en me demandant d’entrer, tout en continuant à me demander le « chiffre ».
J’étais figée, et refusais d’avancer ou de parler. Instinctivement, mon regard parcouru l’intérieur de la pièce.
Je ne pouvais fixer autre chose qu’une épaisse poutre où était attaché une corde au bout de laquelle se balançait lentement un corps. Mon corps…
Je ressentis une vive douleur autour de mon cou, et un nouveau bruit me fit reprendre mes esprits.
C’était Victor qui revenait vers moi.
Plus de trace de cette femme ni de la charrette, et la porte était de nouveau fermée. Comme pour me rassurer, je pris mes outils de crochetage et ouvris rapidement. La pièce, tout comme l’ensemble de la maison était vide. Nous décidâmes de rejoindre Janet, qui me paraissait également fébrile.
Elle nous annonça qu’il y avait un corps sur le chemin. Je demanda à Victor d’aller voir, car je n’étais pas prête à analyser cela et avec Janet nous nous
dirigeâmes vers la masse sombre, qui était en définitive un imposant piédestal. Victor, revint rapidement.
Le corps, de petite taille, été coupé en deux. Cela devait dater de quelques jours. Sur le côté du piédestal, un dessin était gravé. C’était là encore récent.
Une sorte de rameau d’olivier. Soudain, une angoisse me saisie.
Un piédestal sans statue, ce n’est pas habituel.
Je fis la courte échelle à Victor pour qu’il se hisse au sommet. Il y avait quatre marques d’une trentaine de centimètre chacune sur le socle.
Nous venions sans doute de trouver le point de départ de la Bête.
Il serait important de demander au jardinier de nous décrire la statue qui se trouvait là.
Sur notre gauche, une chapelle. Nous décidâmes d’y aller. A défaut d’être une chapelle, il s’agissait d’une crypte de taille impressionnante.
Nous remémorant l’histoire des cercueils achetés par Sir Clifford, il fut décidé d’y entrer. J’ouvris, Victor entra, Sunshine continuait à monter la garde, d’autant plus que la lumière dans le
manoir avait changé de place. Certains noms sur les cercueils avaient été effacé alors que d’autres étaient restaurés. Deux noms revenaient, Gloucesterhill, beaucoup, et Clifford.
Victor et Janet prirent le temps de relever les noms et les dates afin d’étudier cela plus tard, d’autant plus que sur l’un des cercueils, le nom était mal écrit. Une clef pour un code ?
Clifford… Ce nom n’arrêtait pas de nous interpeller. Un souvenir rejaillit en moi, et j’ouvris mon carnet de route.
A l’intérieur, un papier déchiré que j’avais trouvé en Égypte, alors que je fouillais les chambres où Gloucesterhill avait séjourné.
12/04
– Sir Clifford –
Recoupe et réparation
à finir pour vendredi,
£0.45.
Alors que nous spéculions sur le lien entre ce papier manuscrit et notre affaire, Sunshine revînt vers nous et nous indiqua qu’il y avait une autre crypte derrière ce caveau.
Après un temps d’hésitation, nous nous y rendîmes.
Là encore, j’ouvris et V
ictor entra. Bien que plus ancien que le monument que nous venions de visiter, celui-ci semblait avoir
été emprunté récemment. Victor s’enfonça dans les ténèbres seul le silence me tenait compagnie.
Combien de temps est-il resté là-dessous, je l’ignore, mais cela me parut une éternité.
Il expliqua brièvement qu’après avoir descendu de nombreux escaliers et suivi une sorte de couloir, il avait débouché dans une salle dans laquelle se trouvait une porte. Devant cette porte, un mécanisme avec des lettres et des symboles qui devaient certainement, si mis
dans le bon ordre, permettre de déverrouiller ce passage. Beaucoup d’informations en une seule nuit, il fut convenu de
repartir. Malheureusement, ce ne fut pas sans incident.
L’un d’entre nous fit un bruit suffisant pour faire sortir l’un des serviteurs du manoir.
Dans la panique Sunshine percuta une statue qui se brisa au sol, la déséquilibra et l’a fit chuter.
Un faisceau lumineux l’éclaira et en peu de temps, une servante, noire, était sur elle.
Sans réfléchir, je sortis de l’obscurité, m’annonça comme agent du Yard, menotta Janet et l’accompagna vers la sortie, laissant Victor gérer ce contretemps.
Il nous rattrapa rapidement et le retour au village fut sans péripétie.
Le brouillard avait totalement disparu.