Rapport du 17 mars 1928, par l’Agent Janet Howard, alias Sunshine
L’équipe est en deuil et moi je suis fatiguée. Les visions d’horreur étaient un défi que j’ai su relever mais perdre le frère de Terry est une épreuve qui m’est difficilement surmontable.
Selon certains psychiatres, écrire sera une excellente thérapie. Je vais donc essayer de faire un rapport de ce qui s’est passé.
Après notre mission de reconnaissance au manoir de sir Clifford, nous sommes retournés à l’auberge, profitant du trajet pour expliquer à l’agent Pope et l’agent H nos découvertes. Cette dernière semblait étrangement silencieuse.
Sur la place, nous avons rencontré un homme chargé de mener une ronde. Pope décida d’en savoir plus et je le suivis. Les autres rentrèrent. Ce fut une discussion ennuyeuse dont je vous épargnerais les détails qui sont sans grande importance. Nous avons fini par rentrer. Au lieu de retrouver son lit, Pope a décidé de retourner faire une inspection nocturne flairant peut-être une piste ou des informations capitales. Il prendra soin de vous communiquer son propre rapport à ce propos.
Cette nuit-là, je fis un rêve relatif à un nom, sans doute évoqué rapidement durant la journée : Yorg Sotothe. C’était flou et décousu. Dès mon réveil, j’ai transmis le peu de souvenir de ce rêve à l’agent Pope. Il m’a conseillé quelques séances de thérapie à notre retour pour en discuter. Peut-être a-t-il raison mais son analyse me semble légèrement erronée.
La suite des événements
m’apparait comme un long récit tout aussi flou que mon rêve. Tout est allé vite. Trop vite.
La battue organisée par le maire commença tôt. Malgré notre insistance pour annuler cet événement, les habitants semblaient déterminés à prouver leur bravoure en chassant une bête dont il ignorait tout. Soucieux de leur sécurité, nous avons décidé de l’encadrer au mieux. Je me souviens avoir eu l’idée de provoquer un relâchement groupé du colon afin de les empêcher de continuer. Avec ma formation en médecine, il m’était facile de trouver les bons dosages. Je n’ai pas eu le temps de m’en servir. Comme je l’ai dit, tout est allé très vite.
Un cri au loin. Un chasseur paniqué, complétement hystérique, a perdu son chien. Quelque chose l’aurait écrabouillé. Un groupement de villageois armé se fit autour de lui. Pendant que Pope et moi tentions de calmer le chasseur désorienté et de renvoyer les autres chez eux, Ron partit aussitôt dans la direction indiquée. Ron … J’aurais sans doute dû l’accompagner plus tôt. Et puis cette bande de lord prétentieux ont dû le gêner. On leur a conseillé de rester avec les autres, mais ils n’ont écouté que leur orgueil et … Ron a dû vouloir les protéger au péril de sa vie.
Mais cela arrivera plus tard. Sur le moment, Pope et moi-même avons entendu, peu après son départ, des coups de feu. Je pris instinctivement le fusil de l’homme hystérique, relativement calmé et partit à la suite de Ron.
La suite semble sortie d’un film d’horreur de mauvais gout. Des arbres solides pliés tels des roseaux en haut d’une falaise, un chien complètement écrabouillé, des larges entailles dans le granit, …
Je ne me rappelle plus ce qui me fit perdre pied mais d’un coup je n’ai plus senti mon corps et je me suis écroulée. Consciente, je pouvais constater un calme trop intense pour une forêt et une odeur d’ammoniac qui devenait de plus en plus vive. Je ne m’en cacherais pas. La peur a comprimé mon cœur. L’adrénaline m’a sans doute sauvé la vie car j’ai réussi, à grande peine, à souffler dans mon sifflet pour annoncer que j’étais en danger. Puis à me jeter sur le coté pour éviter une frappe mortelle. Le tir que j’ai tenté ensuite n’a pas été concluant mais a eu le mérite d’éloigner la chose qu’on ne voyait pas.
Pope et Clarisse sont arrivés juste après. D’autres détonations ont retenti. Et Pope s’est élancé me laissant avec Clarisse. Elle m’a aidé à me déplacer, ayant encore les jambes un peu faibles.
La suite est une horreur sans nom. En revenant d’un brouillard intense, Pope nous a annoncé la mort des lords et celle de Ron. J’avoue ne pas y avoir cru et je n’ai pu m’empêcher d’aller voir par moi-même. Les corps déchiquetés des lords m’ont fait espérer à une confusion de notre ami Pope. Mais la vision de mon futur beau-frère décapité ne pouvait plus me laisser de doute.
La suite vous la connaissez surement grâce à l’appel de Victoria.
Cette chose est forte. Très forte. Trop forte peut-être pour nous. Victoria est convaincu que l’on peut encore l’arrêter avant que l’armée et par extension les médias ne s’en mêlent.
L’agent H avec le plus grand respect que j’ai pour elle n’a pas vu la bête. Elle était malade et avait dû rester alitée. Cette chose a une force considérable pouvant broyer n’importe qui, n’importe quoi en un coup.
J’espère que l’agent H est consciente que nous risquons de ne pas sortir indemne de cette mission.